Elisabeth Authelain

Mes simples.

Les simples sont des plantes médicinales utilisées telles que les offre la nature. Le simple, c’est aussi celui qui se laisse facilement tromper.  S’il y a cette idée de la substance sans considération en arrière plan de mon travail,  en réalité l’inspiration vient de plus loin.

En premier lieu j’ai toujours eu un attrait pour les reflets, depuis que j’ai commencé à Annecy à faire des faux reflets avec le lac en mettant deux photos tête-bêche, ce qui n’était pas véritablement un reflet, mais une sorte d’inversion faisant surgir une autre poésie dans le regard porté sur un paysage largement apprivoisé et mille fois photographié.

En même temps que le reflet, j’ai toujours été attirée par les petites choses insignifiantes, celles qu’on met à la poubelle parce que sans utilité. C’est ainsi que je me suis intéressée aux pelures d’oignon, tout en continuant le jeu avec l’ombre portée et les taches de couleur qui ne sont justement qu’un reflet en jouant sur la transparence, puis aux verres brisés où la lumière joue sur eux et à travers eux en suscitant des miroitements insoupçonnés.

Ces petites racines, comme les débris de verre ou les pelures d’oignon, n’intéressent personne et sont destinées à la poubelle. Elles sont simples. Et pourtant, mises sur une surface blanche, en leur permettant de jouer librement avec le soleil, elles font apparaître une ombre lumineuse. C’est une inversion des idées reçues qui voudraient que les ombres soient du sombre, du ténébreux, de l’opaque, de l’obscur.

De ce fait, j’ai composé les graphismes plus avec l’ombre qu’avec la racine elle-même. Et si la lumière vient autant de l’ombre que de l’éclairage sur la racine, alors il est important que la priorité du dessin soit accordée à cette ombre d’où vient la lumière. Ensuite libre à chacun de voir dans les courbes une évocation d’un visage, d’un animal, d’un paysage, mais c’est comme une gratuité livrée en sus, comme ces images où l’enfant est invité à chercher dans un dessin un oiseau ou un personnage dissimulés en arrière plan.

Je ne m’insurge pas contre la convention de ce qui doit être conservé ou jeté. Mais je pense qu’il faut regarder les choses avant de les jeter. Sinon on se prive d’une source d’enrichissement poétique qui vaut largement toutes les nouveautés qu’on nous présente comme du jamais-vu. On vit souvent dans un quotidien qu’on n’a pas su voir. La photo aide à se rattraper et à s’accorder une jouissance de l’œil qui s’interdit d’être blasé. Une petite herbe de rien du tout sur un papier blanc et traversée par un rayon de soleil  peut ainsi « questionner le regard », comme disent ceux qui aiment les formules culturelles. Je dis tout simplement : c’est le plaisir dont je suis redevable à mes yeux qui m’ouvrent à la transparence.

Elisabeth Authelain

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